La vie en entreprise

Peut-on encore avoir des amis au bureau ?

Peut-on encore avoir des amis au bureau ?

Si l’on passe plus de temps entre collègues qu’avec ses proches, seuls 30% des salariés français déclarent de véritables amitiés au travail. Par défiance ?

Depuis les années 80, le nombre d’Américains qui se disent amis avec leurs collègues a reculé de 50 à moins de 30%, selon un article paru dans The Guardian. En Angleterre, 42% des sondés déclarent ne pas avoir d’amis du tout au travail. En France, les chiffres ne sont guère plus élevés. Selon un sondage réalisé en 2014 par Foncière des régions, seuls 30% des salariés voient leurs collègues comme des amis. Le psychologue Adam Grant, cité par The Guardian, explique ces chiffres par l’évolution du marché du travail. Alors qu’autrefois l’on embrassait une carrière et donc des collègues pour la vie, aujourd’hui « le travail est plus transactionnel  que jamais. L’on se rend désormais au bureau avant tout comme un opérationnel et non pas pour créer du lien ».

Le télétravail, la mort de l’humain en entreprise ?

Une vision du travail et des rapports humains qui s’expliquent par le contexte économique, le chômage et le développement de nouvelles formes d’emploi. Le télétravail, rendu possible par les nouvelles technologies mais aussi pour réaliser des économies, est un « poison pour l’amitié », selon l’article du Guardian. Le climat des affaires laisse aussi imaginer que le bureau voisin du vôtre sera peut-être occupé d’ici deux mois par un nouveau collègue. Et si vous êtes dans une structure prônant le bureau nomade – à savoir changer de place chaque jour dans l’entreprise – créer du lien est quasi impossible.

Bien sûr les choses ne sont pas si sombres, ni extrêmes. Le sondage mené par Foncières des régions montre ainsi que 82% des salariés déclarent mieux connaître leurs collègues que leurs voisins de palier. Plus de la moitié d’entre eux répondent également avoir « d’assez bons » (54%) rapports avec leurs collègues proches. Souhaitent-ils d’ailleurs nouer des contacts plus resserrés au travail ? Si 42% des moins de 30 ans voient leurs collaborateurs professionnels comme des amis, les plus de 50 ans ne sont que 20% à partager ce point de vue. Parce qu’ils en ont trop vu au cours de leur carrière ?

L’amitié a-t-elle sa place au travail ?

L’amitié au travail est-elle le propre des trentenaires et cette fameuse génération Y ? Selon une étude LinkedIn, les « millenials » sont davantage prêts à partager des détails personnels avec des collègues (67%) que les baby-boomers par exemple. Et 57% des Y se disent plus heureux quand ils ont des amis au bureau. La question de l’amitié au travail s’accompagne d’une autre : celle de l’efficacité professionnelle. Toujours selon l’étude LinkedIn, les millenials se déclarent plus motivés (50%) et plus productifs (39%) quand ils ont des amis au boulot.

Mais qu’est-ce qui permet aujourd’hui de souder les salariés ? Depuis 30 ans le marché du travail s’est profondément modifié. Le cas de la classe ouvrière est assez représentatif de cette évolution. S’ils demeurent nombreux (6 millions en France selon l’Insee), sa culture – défi solidaire à l’ordre notamment - semble en voie d’extinction à mesure que l’industrie traditionnelle a été remplacée par l’industrie des services. Le travail à la chaîne n’existe plus ou presque et les nouveaux ouvriers se doivent d’être indépendants dans leur fonction.

Comment l’emploi a évolué en 30 ans

L’actuelle mode managériale de « l’entreprise libérée » va dans ce sens. Les « petits chefs » - pare-feu traditionnel sur qui se portaient toutes les critiques - se mutent en accompagnateurs de collaborateurs priés d’être de plus en plus autonomes et heureux de l’être. « Pourquoi vous plaignez vous ? Vous ne recevez plus d’ordres de personne ». Des ordres pouvant conduire aux critiques, lesquelles sont souvent propices aux rapprochements... Travaillant sur un sondage des éditions Tissot concernant l’amitié au travail, le sociologue Ronan Chastelier expliquait déjà comment : « L’adversité est favorable à la solidarité, à l’amitié. Lors d’un sondage où l’on demandait à des salariés ‘Peut-on dire non à son patron ?’, nous avions pu constater que le refus de l’ordre soudait les salariés ». 

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le 13/10/2015 par Guirec Gombert



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