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Vrai-faux : 10 clichés sur la productivité

Vrai-faux : 10 clichés sur la productivité

Comment être réellement productif et éviter de perdre du temps au travail ? Une question que beaucoup de chefs d'entreprise et d'actifs se posent. Les idées reçues sont d’ailleurs légion sur ce sujet brûlant. RegionsJob a décrypté pour vous le vrai du faux.

1. Les Français sont moins productifs que les autres = faux

Sans doute le cliché le plus célèbre. Après le PDG du fabricant de pneumatiques Titan International affirmant que les ouvriers français « sont trop chers » et ne travaillent que « 3 heures par jour », c’est Jeb Bush, candidat à la présidence américaine, qui ironisait en octobre 2015 sur « la semaine de travail à la française ». Pourtant, la productivité de la main-d'œuvre française par heure travaillée s'élevait à 45,40 € en 2011 (Eurostat) tandis que la moyenne des 27 pays européens s'établit à 31,90 €. De plus, une étude menée par des experts américains de la finance pour le site BusinessInsider a calculé que si l’on ramène le PIB par habitant à l’heure travaillée, la France figure en tête du classement mondial en termes de productivité. Ainsi, lorsqu’un Américain a un rendement de 24,60 dollars par heure travaillée, un Français génère en moyenne 25,10 dollars, et un Japonais – le pays où l’on comptabilise le plus d’heures hebdomadaires de travail au monde - génère 18,89 dollars par heure travaillée. Comme quoi…!

2. Les Français travaillent moins = vrai

Selon les dernières statistiques d'Eurostat, un Français travaillait 37,2 heures par semaine en 2014 même si les salariés à temps plein travaillent 40,7 heures par semaine et les travailleurs indépendants, 48 heures hebdomadaires. Certes, la France travaille annuellement moins que ses voisins : environ 1585 heures par personne et par an contre 1902 heures en moyenne dans le monde. Mais cela n’affecte pas pour autant sa compétitivité (voir point n°1) !

3. Travailler plus rend plus productif = faux

Ce n’est pas parce que l’on travaille beaucoup que l’on est plus efficace. Au contraire, selon la loi de Illich, il faut faire des pauses au travail pour être plus productif, et rien ne sert de travailler plus. Pour le penseur autrichien, mettre la pression sur les ouvriers en entreprise est en effet contre-productif. Une étude de DeskTime publiée en 2014 confirme d'ailleurs qu’il vaut mieux faire de véritables breaks plutôt que d’enchaîner les tâches. Mais attention toutefois à ne pas multiplier les interruptions car selon un autre principe appelé loi de Carlson, « un travail réalisé en continu prend moins de temps et d’énergie que lorsqu’il est réalisé en plusieurs fois ».

4. Être multitâche permet de gagner du temps = faux

Le multitasking serait néfaste au travail : les salariés réalisant plusieurs choses à la fois voient leur temps de travail effectif réduire jusqu’à 40% selon l’Association Américaine de Psychologie. La Loi d’Illich sert d’ailleurs d’argument en faveur d’une concentration, d’une attention hyper-productive du travailleur. « Multitâche veut dire absence de concentration ! » déplore Didier Pleux, psychologue clinicien sur l’Express. « Le multitasking est en réalité un des grands mythes de l'efficacité ! » dénonce dans le même article Laurence Einfalt, coauteure de l’ouvrage « S'organiser tout simplement ». « Ça brille comme de l'efficacité mais ça n'en est pas. Croire qu'on est plus efficace en faisant plusieurs choses à la fois est une erreur. » D’ailleurs, ce constat est scientifique : selon Earl Miller, fameux neurologue au Massachusetts Institute of Technology (MIT), notre cerveau humain est incapable de gérer efficacement plusieurs choses à la fois.

5. Plus on en fait, plus on a de résultats = faux

Selon le principe de Pareto, c’est en fait le contraire : 80% des résultats seraient obtenus par seulement 20% de travail. Cela impliquerait que l’entreprise se consacre à son cœur de métier et délègue les tâches pour lesquelles elle n’est pas performante. Un principe également valable pour les managers. A titre individuel, le principe de Pareto consiste à commencer la journée par les tâches ayant le plus d’impacts positifs et que l’on termine par les tâches accessoires en fin de journée, lorsque l’on est moins efficace. Encore faut-il séparer objectivement ses tâches prioritaires et secondaires…

6. Un projet prend toujours plus de temps que prévu = vrai

C’est la loi de Hofstadter : « Les choses prennent plus de temps que prévu, même en tenant compte de la Loi de Hofstadter. » Si le temps peut s’étirer à l’infini en fonction de la deadline selon la loi de Parkinson, on se trompe souvent dans l’évaluation du temps nécessaire à la réalisation d’un projet selon Hofstader. Ainsi, les délais ont tendance à se décaler sans arrêt et les plannings glissent inexorablement, même quand on se doute qu’il faudra plus de temps que prévu. Mais si l’on considère que les décideurs ont tendance à prévoir des délais trop courts, on peut dire qu’avec la loi de Hofstader les projets prennent seulement le temps nécessaire à leur réalisation ? Bref, c’est le serpent qui se mord la queue…

7. Les réunions de plus d’une heure sont contre-productives = vrai

En moyenne, un employé perd 31 heures par mois en réunion non productives selon un sondage. Pire, un cadre passe en moyenne 16 ans de sa vie en réunion sur une carrière de quarante ans selon une étude du cabinet Perfony.

Sachant que la durée d’attention moyenne pour un adulte est de 18 minutes, une réunion doit donc être dynamique et ponctuée de pauses. Connie Williams, expert de la société Syneticsworld, spécialisée dans les process organisationnels, propose une solution : passer de la traditionnelle réunion d'une heure à une réunion plus condensée de 37,5 minutes. D’où la pertinence des fameux sprints (des réunions courtes) proposés dans la méthode Agile expérimentée par de plus en plus d’entreprises françaises, en particulier dans les start-up et les ESN.

8. Les amateurs de pause-café sont moins productifs = vrai…et faux

Selon une étude britannique de 2010, dans une vie professionnelle, les pauses café représenteraient au total 188 jours et 21 heures de pause. Le café mettrait donc bien plus à mal la productivité que la cigarette : les afficionados de pause thé ou café coûtent en moyenne 11,7 milliards d’euros par an à leur entreprise alors que les fumeurs, seulement 2,3 milliards d’euros.

Pourtant, les études de Nespresso sur le sujet avancent au contraire que le rituel de la pause-café est un moment privilégié pour apaiser les tensions, discuter entre collègues, ou faire passer des messages délicats, et perçu par 75% des responsables de services comme un « vecteur d’efficacité pour l’entreprise ». Il permettrait même « d’optimiser ses capacités physiques et intellectuelles » (81%). Et pour 70% des salariés, la pause-café est perçue comme un « outil de motivation ». Il y a donc débat…

9. Travailler seulement 6h par jour booste la productivité = vrai

L’expérience a été initiée fin 2015 par la municipalité de Göteborg, en Suède : elle a décidé de tester la semaine de 30 heures dans plusieurs établissements publics de la ville. La municipalité envisage de comparer la productivité et le bien-être des employés de ces deux groupes, et pourquoi pas, de passer à la semaine de 6 heures pour tous si les résultats sont encourageants.

L'usine d'assemblage Toyota de Göteborg fait figure de précurseur en la matière. Depuis 13 ans, mécaniciens et employés de bureau ont adopté la journée de 6 heures et la direction n’est jamais revenue sur ce principe. Cela n’empêche pas le site de fonctionner 12 heures par jour non-stop. Si les pauses sont plus courtes, les salariés se sentent mieux semble-t-il. Et l’entreprise a augmenté ses profits de 25% et les salaires y sont biens plus hauts que ceux pratiqués dans ce secteur…

10. Se lever tôt rend plus productif = faux

Certains "morningophiles" célèbres ont lancé cette mode aux États-Unis : Tim Cook, PDG d'Apple, fait du sport dès 5 heures du matin ; Robert Iger, PDG de Disney, commence les exercices dès 4h30 ; Anna Wintour, rédactrice en chef de Vogue US, dit arriver chaque jour au bureau à 6 heures ; Jack Dorsey, cofondateur de Twitter, médite dès 5h30 puis enchaîne par un footing… Pour preuve, la conférence TEDx proposée par l’entrepreneur portugais de 26 ans Filipe Castro Matos "Comment se lever tous les jours à 4h30 peut changer votre vie" a ainsi été visionnée plus de 200 000 fois !

En vérité, si ce principe est érigé comme un véritable mode de vie par des entrepreneurs à succès, il ne fonctionne pas pour tout le monde. Rien en prouve que cela vous rend plus productif dans la journée, car tout dépend de votre métabolisme. Une journaliste du Huffington Post a  testé le lever quotidien à 5h30 pendant 3 semaines. Le résultat est positif : la productivité est accrue le matin, mais sans sieste à midi, les journées sont très longues et à terme, d’autres inconvénients sont apparus : manque de sociabilisation, fatigue... Il faut donc de la discipline !

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le 08/12/2015 par Priscilla Gout



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