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Ouverture le dimanche : le sujet qui divise les grands magasins parisiens

Ouverture le dimanche : le sujet qui divise les grands magasins parisiens

Depuis 2015 et la loi Macron autorisant le travail le dimanche, les grands magasins parisiens font face à une forte confrontation sociale. Si certains jouent le jeu depuis longtemps, d’autres comme la Fnac des Champs Elysées assistent à un bras de fer entre patrons et salariés pour lutter contre l’ouverture dominicale.

Elle avait provoqué un raz-de-marée en 2015, cette loi Macron qui rend désormais possible l’ouverture des commerces dans les zones touristiques internationales tous les dimanches de l’année . Depuis, les grands magasins parisiens enchaînent la signature des accords d’entreprise : après que le BHV ait ouvert le bal en novembre 2015, c'est au tour des Galeries Lafayette et du Bon Marché d'emboîter le pas. Mais la situation reste problématique pour d'autres enseignes qui n'arrivent pas à trouver d'accord entre patrons et syndicats. Pour le syndicaliste Karl Khazi, un des porte-parole principal du mouvement, "avec cette loi, ils disposent d’une boîte à outils qui leur permet de faire ce qu’ils veulent. En fonction de leurs intérêts, ils peuvent ainsi décider de négocier le travail du dimanche à l’échelle d’un magasin, de l’entreprise, du groupe ou de la branche".

Une grève historique pour la Fnac

Depuis le 3 décembre dernier, la Fnac des Champs-Elysées mène la grève la plus longue de l’histoire du magasin. La raison est due aux élus du personnel qui réclament une majoration financière plus importante que l'actuelle pour les salariés qui travaillent le dimanche. La Fnac des Champs étant l'un des seuls commerces parisiens à être ouvert 7 jours sur 7 jusqu’à minuit, ses employés estiment mériter un salaire plus conséquent ainsi qu'une prime de précarité et une jour de repos compensateur. Cependant la situation est ambiguë : les syndicats qui bloquent aujourd'hui l'entrée du magasin se battent tout de même pour quelque chose qu'on leur avait proposé il y a 6 mois. Et qu'ils avaient refusé à l'époque! En effet, en juillet dernier, les patrons de la Fnac étaient prêts à proposer une majoration tarifaire triple pour chaque dimanche travaillé et s'étaient vus refuser leur offre. À la Fnac des Champs, le débat ne fait que commencer...

Au Printemps, la situation reste délicate

Au Printemps, aucune décision n'a encore été prise concernant une possible ouverture les dimanches en 2017. Le magasin compte garder ses portes closes dimanche prochain, et ce pour la troisième semaine consécutive. Il se trouve que le syndicat des démonstrateurs (l’Unsa), bloque encore tout accord possible, et ce depuis la reprise des négociations au mois de novembre. De son côté, la direction ne cesse de faire des efforts et propose de majorer à 100% les dimanches travaillés pour les salariés, ainsi que d'offrir une aide à la garde d’enfants de 60 euros par jour. Mais elle souhaite également étendre l’ouverture dominicale à ses 18 autres sites nationaux. Le groupe estime que si d'autres magasins concurrents ouvrent le dimanche, il faudra suivre l'exemple afin de ne pas se faire devancer. Karl Ghazi estime que cet accord n’est pas mauvais, mais redoute tout de même de voir le syndrome Abercrombie & Fitch se reproduire une fois l’accord signé. La marque américaine avait en effet fait les mêmes promesses mais s'était empressée de supprimer toutes compensations par la suite pour cause de "difficultés économiques soudaines"…Histoire à suivre.

Quand d'autres jouent le jeu

Du côté du Bon Marché Rive Gauche, les choses se sont faites plus en douceur. Le directeur général du groupe, Patrice Wagner se félicite : "nous avons pris notre temps pour négocier avec les partenaires sociaux. Nous sommes satisfaits de cet accord officiellement entériné qui propose une nouvelle organisation du travail pensée sur mesure". Les salariés qui travailleront le dimanche ne seront que des volontaires, bénéficieront d’une majoration financière de 100% et de contreparties financières croissante le samedi. L’accord promet également une création d’emplois pour pallier le manque d’effectif, mais à l’heure actuelle, aucun chiffre n’a été communiqué.  Le magasin ouvrira donc ses portes tous les dimanches à partir de mars 2017.

Les patrons des Galerie Lafayette ont, quant à eux, vu dans l'ouverture dominicale une opportunité de faire grimper leur chiffre d'affaires. Selon les calculs de la direction, l'ouverture du magasin le dimanche devrait permettre une hausse de 5 à 8% de revenus annuels. La direction ainsi que les syndicats de ce grand magasin emblématique (et ses 37 millions de visiteurs annuels) ont réussi à s'entendre autour d'un accord. Celui-ci entrera en vigueur début janvier et prévoit 500 créations de postes en CDI et en temps partiel. La DRH du groupe, Frédérique Chemaly, explique rechercher à la fois des profils de vendeurs mais aussi des infirmières ou des pompiers. "Mais nous sommes aussi intéressés par des profils internationaux, des candidats qui parlent le mandarin, le coréen, le portugais, le japonais et bien évidemment l'anglais" conclut-elle.

En revanche, le problème des démonstrateurs des marques présentes dans le magasin subsiste. Ceux-ci n'étant pas salariés des Galeries, ils ne bénéficient pas des mêmes accords que le groupe. Les marques se retrouvent donc en difficulté : pour la plupart, elles ne sont pas en capacité de conclure un accord avec le groupe, ce qui les expose au risque de se faire exclure par le grand magasin ou de devoir des postes. Comme au printemps, rappelons que ces enseignes représentent 80 à 90% du personnel.

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le 29/12/2016 par Juliette Pignol


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