La vague des emplois verts se fait attendre Actualité - 14 décembre 2012

La ministre de l'Ecologie, Delphine Batho, a annoncé récemment vouloir créer plus de 100.000 emplois verts en 3 ans, notamment dans le domaine des éco-industries. Un objectif ambitieux car la "croissance verte", porteuse de beaucoup d'espoirs il y a quelques années, semble avoir du mal à décoller.
Depuis le Grenelle de l'environnement, les effets d'annonce et les belles promesses autour des emplois verts se sont multipliées comme les éoliennes dans le paysage. Mais sur le terrain, la "croissance verte" se fait attendre. Selon l'Ademe (Agence de l'Environnement et de la maîtrise de l'énergie) la barre des 300.000 emplois verts a été dépassée en 2012, mais cela représente à peine 2500 emplois de plus par rapport à 2011. Et la tendance n'est pas franchement à la hausse, surtout dans le secteur des énergies renouvelables (EnR) qui perd même des emplois. 

Un coup d'arrêt fin 2010
"En 2009-2010 il y a eu un certain emballement autour des emplois verts avec même une pénurie sur certains nouveaux métiers de l'éolien et du photovoltaïque. Mais fin 2010, avec le changement du tarif de rachat de l'énergie, nous avons senti un coup de frein. Depuis, la croissance des emplois verts n'a pas véritablement redécollé"estime Nicolas Leroy, Directeur de la division ingénieurs et techniciens chez Michael Page. 
Sous le double effet du changement de fiscalité et de la crise, la croissance verte a donc connu un coup d'arrêt qui a tout de même permis d'assainir le marché ajoute Nicolas Leroy, "beaucoup d'opérateurs se sont en effet lancés pour spéculer sur le prix de revente, ces structures-là ont aujourd'hui disparu au profit d'entreprises avec un véritable business-model beaucoup plus viable à long terme".

Surtout des postes techniques dans la maintenance
Parmi les secteurs qui paraissent tout de même les plus solides économiquement, il reste tout de même l'éolien off-shore et on-shore. Une famille d'emplois verts composée surtout de postes de techniciens et d'ingénieurs dans le domaine de la maintenance et de l'installation. Mais peut-on parler de créations d'emplois ? "Ce sont plus des transferts de compétences vers des secteurs qui semblent plus dynamiques et porteurs d'avenir" explique Nicolas Leroy qui observe tout de même des avancées grâce à la prise de conscience collective autour des questions d'environnement. "Le contexte pousse les entreprises à réfléchir aux économies d'énergies, à la co-génération, la méthanisation, la biomasse, la valorisation des déchets ou la conception d'éco-bâtiments... C'est peut-être moins glamour que le solaire ou l'éolien mais sur le long terme, la valorisation des énergies est une étape préalable pour enclencher la dynamique"

Un problème de compétences
Malgré une croissance verte un peu en panne, le problème des compétences n'est pas pour autant réglé. Pour les activités éco-industrielles, les besoins se tournent vers des experts techniques, par exemple en traitement des fumées ou en procédés thermiques. "Les attirer vers les énergies vertes ou la revalorisation des déchets risque d'être compliqué, car ils sont souvent employés par des grands groupes, notamment dans le nucléaire", précise Nicolas Leroy. "Et il y a déjà une pénurie structurelle d'ingénieurs techniques en France, aujourd'hui c'est un domaine moins valorisé que la finance ou le management".

Croissance verte ou "Green Business" ?
Et à l'inverse d'autres métiers plus nouveaux sont désormais complètement bouchés. "Il y a aujourd'hui pléthore de profils Hygiène-Sécurité et Environnement" constate de son côté Julien Weyrich, Directeur Senior, Page Personnel Ingénieurs & Techniciens. "Beaucoup de formations ont été lancées depuis dix ans sur ce créneau pour surfer sur la vague verte, mais il n'y a pas eu suffisamment de postes créés pour donner du travail à tout le monde. Par exemple sur des offres d'ingénieurs HSE il n'est pas rare de recevoir plus de 150 candidatures en quelques jours. C'est 10 ou 20 fois plus que la normale sur ce niveau de profil". 
C'est la partie immergée de la croissance verte : tout un "green business" de la formation s'est développé sans être forcément corrélé aux besoins du marché, clairement plus orientés vers les techniciens Bac+2.
Le secteur de l'environnement génère donc des recrutements, mais pas forcément beaucoup de créations de postes. "Il existe un décalage entre l'offre de formation et les besoins des employeurs" regrette Julien Weyrich. "Les candidats s'en rendent compte trop tard lorsqu'ils arrivent sur le marché du travail car les postes ont déjà été créés et il ne reste que le turn-over naturel pour créer un appel d'air".

Dans ce contexte, la promesse de Delphine Batho, la Ministre de l'Ecologie, de créer 100.000 emplois verts d'ici 2016 ressemble plus à un "voeu pieux". Pour Nicolas Leroy, "tout dépendra des mesures fiscales incitatives qui seront mises en place. Il ne suffit pas de décréter que l'environnement est une priorité, les entreprises ont surtout besoin d'un climat de confiance".

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