Marché de l'emploi

"La crise entraîne les jeunes vers un déclassement professionnel"

"La crise entraîne les jeunes vers un déclassement professionnel"

En pleine crise économique, les jeunes diplômés peinent plus que jamais à entrer sur le marché du travail. Mais d'autres freins pèsent sur leur recherche d'emploi qu'il est en partie possible de dépasser pour améliorer sa recherche d'emploi, juge Christian Darantière, directeur délégué de l'Association pour faciliter l'insertion professionnelle des jeunes diplômés (Afij).

Les jeunes diplômés rencontrent de plus en plus de difficultés à trouver un emploi. Outre le contexte économique, existe-t-il d'autres freins à leur intégration sur le marché du travail ?
La crise pèse bien évidemment sur le marché de l'emploi. Quand le contexte est favorable, les entreprises emploient plus facilement des jeunes sans expérience qu'elles formeront ensuite selon leurs attentes. Aujourd'hui, les employeurs ne prennent plus ou peu de risques et recherchent essentiellement des personnes déjà expérimentées correspondant à leur besoin immédiat. D'autre part, les entreprises possèdent déjà un vivier de candidats potentiels très important laissant peu de place aux jeunes diplômés.

Les jeunes se forment pourtant de plus en plus par le biais de stages...
Oui, mais c'est souvent un stage de fin d'études. Et encore si les étudiants inscrits à l'université réalisent un master professionnel et non pas un master recherche. Certes, ça n'est pas à négliger mais dans le contexte actuel de compétition, cette expérience me semble légère. Les jeunes diplômés n'auront pas eu le temps nécessaire pour acquérir les codes de l'entreprise alors que le monde du travail leur est peu familier... De même, on assiste à une méconnaissance des outils de recrutement des entreprises. Ces dernières publient de moins en moins leurs offres d'emploi mais recrutent plus via leur réseau. Ces canaux de diffusion sont souvent éloignés des outils utilisés par les jeunes diplômés.

Comment les jeunes peuvent-ils justement pallier leur déficit de réseau ?
Premièrement, il est nécessaire de regarder sur les sites corporate des entreprises, là où elles publient certaines de leurs offres d'emploi. Il est également indispensable de se créer une carte de visite sur les réseaux sociaux professionnels existants afin éventuellement d'être "chassé" par un recruteur.
Les jeunes diplômés doivent aussi solliciter leur réseau. Il ne s'agit pas de demander un emploi à chaque personne que l'on connaît mais de se renseigner auprès de certains interlocuteurs sur d'éventuels recrutements dans la société où ils travaillent par exemple. Les jeunes ont aussi souvent une idée fausse de la notion de réseau. Un réseau englobe vos amis, vos connaissances universitaires mais aussi tous ceux que vous côtoyez au sein de vos activités sportives, culturelles, etc. La recherche d'emploi ne se passe donc pas uniquement derrière un ordinateur. Enfin, pour pallier l'absence de réseau, de nombreux organismes comme l'Afij organisent des manifestations permettant aux jeunes diplômés de rencontrer des employeurs qui recrutent. C'est une manière utile de cultiver et de développer son réseau.

Cette vision de la recherche d'emploi renvoie elle-aussi à une méconnaissance du monde du travail ?
En effet, les jeunes diplômés ont parfois des idées préconçues du monde de l'entreprise et du recruteur. De par leur formation universitaire, ils oublient qu'un employeur ne s'appuie pas uniquement sur la formation pour embaucher. Un DRH a tout autant besoin de comprendre le profil psychologique du candidat. L'aspect humain est une condition sine qua non du recrutement. Une étude menée par l'Association nationale des DRH (ANDRH) soulignait que dans 80% des cas, quand un salarié n'était pas reconduit dans son poste après sa période d'essai, c'était à cause d'une incapacité à intégrer le groupe humain de l'entreprise.

Le gouvernement a annoncé vouloir faire de la jeunesse sa priorité, que pensez-vous de ses actions ?
Je suis assez mesuré sur les premières annonces faites par le gouvernement. Les emplois d'avenir sont limités, sauf exception, à des jeunes sans qualification. Cela prive tous les jeunes qui ont fait des études, et pas seulement dans le supérieur, d'un tremplin vers l'emploi.

Le diplôme demeure pourtant un facteur d'intégration...
Oui mais avec la crise on assiste à un gel des embauches. Pour vivre, les jeunes diplômés prennent des petits boulots ce qui limite leurs possibilités d'évolution professionnelle. Une partie des jeunes diplômés vont intégrer le monde du travail par le biais d'un emploi qui ne correspond pas à leur formation et malheureusement, une fois que l'on a débuté sa carrière en dessous de sa qualification initiale, la pente est dure à remonter...  La disparition de certains dispositifs d'aide à la recherche d'emploi à destination de tous, réduit aussi les chances des jeunes diplômés d'intégrer qualitativement le monde du travail.

On cite souvent la formation en alternance comme une solution pour améliorer l'intégration sur le marché du travail. Pensez-vous que l'on puisse encore mieux faire ?
A mon sens, la formation en alternance est présentée de telle manière qu'elle semble devenir une politique de l'emploi. Pourtant, l'alternance doit rester ce qu'elle est : une politique de formation visant à aider les jeunes à trouver un emploi. Il y a toutefois une évolution intéressante de ce dispositif. Autrefois, réservée aux formations techniques, l'alternance s'étend aujourd'hui à des formations types masters universitaires. Ce qui est un vrai plus pour intégrer le monde de l'entreprise. Mais l'alternance ne doit pas se substituer aux politiques sociales en faveur des étudiants, ni être considérée comme un outil d'intégration professionnelle.

Partager cet article sur :

le 23/11/2012 par Guirec Gombert



Plus d'actualités de l'emploi

Conseils d'emploi