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Faudra-t-il "travailler plus sans gagner plus" ?

Faudra-t-il "travailler plus sans gagner plus" ?

Dans une nouvelle étude, l'Institut Montaigne estime que les salariés français ne travaillent pas assez par rapport à leurs voisins européens, lesquels rattrapent progressivement leur retard de productivité.

La durée annuelle effective du temps de travail des salariés français, c'est-à-dire hors congés, RTT, ponts et autres absences, s'établissait à 1 661 heures en 2013, soit la plus basse d'Europe à égalité avec la Finlande, selon l'Institut Montaigne, connu pour ses positions libérales. En Allemagne et au Royaume-Uni, chaque salarié travaille respectivement 186 heures et 239 heures de plus tous les ans, soit entre 5 et 7 semaines de 35 heures en plus, peut-on lire dans l'étude "Temps de travail : mettre fin aux blocages".

Cet écart entre la France et ses voisins en matière de temps de travail atteint "des proportions inquiétantes" qu'il est nécessaire de résorber, estime l'Institut Montaigne. D'autant que "depuis le milieu des années 1990, les gains de productivité horaire en France ne suffisent plus à compenser le recul des heures travaillées (...). Il en résulte un rattrapage de productivité par tête des autres économies de l'OCDE (en particulier le Royaume-Uni et les pays du nord de l'Europe) ainsi que l'avance grandissante des États-Unis", poursuit l'étude.

Baisse du coût du travail et hausse de la production

Parmi les préconisations de l'Institut Montaigne pour "relancer l'économie française" : la hausse du nombre d'heures travaillées, "sans compensation salariale (pour) permettre de créer un véritable choc de compétitivité en France".

L'Institut Montaigne s'attaque également à la fonction publique, où le temps de travail y est "nettement inférieur" que dans le privé, selon lui. Le "nombre annuel moyen d'heures de travail pour les fonctionnaires des administrations centrales de 21 pays européens de l'OCDE était de 1.697 heures, contre 1.573 heures en France en 2010", détaille l'étude.

Augmenter la durée légale du travail

L'Institut juge nécessaire "d'augmenter le temps de travail dans les secteurs public et privé". Pour le privé, deux scénarios possibles : augmenter la durée légale du travail à une durée comprise entre 38 et 40 heures par semaine ou aller jusqu'à "supprimer la durée légale du travail", qui serait alors fixée "par accords collectifs de branche ou d'entreprise". Une proposition qui fait écho aux dernières propositions du Medef visant à "relancer la dynamique de création d'emplois en France".

Côté public, le seuil déclenchant des heures supplémentaires serait fixé entre 38 et 40 heures par semaine, avec une "absence de compensation salariale" pendant une période qui pourrait durer trois ans. Particulièrement visée par l'Institut, la fonction publique devra aussi mieux lutter contre l'absentéisme en restaurant notamment le jour de carence et donner aux cadres intermédiaires de plus amples moyens de contrôle comme, par exemple, la "généralisation des badgeuses".

Quelle productivité en France ?

Si l'Institut Montaigne pointe du doigt l'absentéisme en France, et plus particulièrement des agents de la fonction publique, ces données sont toutefois sujettes à caution. Comme nous l'expliquait récemment l'économiste Denis Ferrand, directeur général de Coe-Rexecode (proche du Medef), on ne dispose pas d'indicateurs fiables sur ces chiffres et les comparaisons d'un pays à l'autre sont difficiles.

Quant à la productivité des Français, si elle demeure relativement plus élevée en France que dans le reste du monde, cela tiendrait à "un marché de l'emploi déséquilibré", où les actifs en poste de 25 à 44 ans font tourner la "machine", avec toute la pression inhérente, au détriment des exclus du marché du travail, poursuit l'économiste. Ce dernier rejoint cependant l'Institut Montaigne concernant la productivité des Français : "depuis le passage des 39 heures aux 35 heures, elle n'a pas véritablement progressé". Pour autant, selon les derniers chiffres publiés par l'OCDE, la productivité française reste parmi les fortes au monde, à égalité par exemple avec l'Allemagne.


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le 09/10/2014



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