Marché de l'emploi

8 questions pour tout comprendre au revenu universel

8 questions pour tout comprendre au revenu universel

Dans un récent rapport, le Conseil national du numérique dresse 20 propositions pour l’emploi à l’heure du numérique. Parmi elles, le revenu universel ou revenu de base selon l’une de ses nombreuses terminologies. Un dispositif déjà testé dans les années 80 au Canada mais aussi en Inde ou au Brésil et qui revient aujourd’hui sur le devant de la scène. La Finlande tentera bientôt l’expérience et les politiques français s’emparent de plus en plus du sujet. Comment le financer ? Quel serait son montant ? A qui s’adresserait-il ? Et pour quels résultats ? État des lieux.

Quelle définition ?

« Revenu universel », « revenu de base », « revenu d’existence » ou encore « allocation universelle »… Des termes variés pour une même réalité : « un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement », peut-on lire sur le site Mouvement français pour un revenu de base. Le revenu universel remplacerait toutes les aides sociales existantes. Il se distingue en outre du salaire de base qui lui ne serait versé qu’aux citoyens adultes.

Pourquoi le revenu universel est un sujet à la mode ?

Dernière marotte des médias, le revenu universel fait écho aux transformations du marché du travail. Face à un chômage endémique qui pourrait encore progresser– les emplois, surtout pour les tâches les plus répétitives, seront de plus en plus occupés par les robots – le revenu universel permettrait à chacun de percevoir une somme d’argent à vie pour (sur)vivre. Plus ou moins alarmistes, les rapports prévoient en effet une automatisation accrue des tâches. Par exemple, en France, ce sont 42% des métiers qui pourraient un jour être occupés par des robots.

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Quel pourrait être son montant ?

Dès 2017, la Finlande sera le premier pays européen à verser à chaque citoyen un revenu universel. De 550 euros cette année, il sera porté à 800 euros l’an prochain.  À Utrecht, aux Pays-Bas, un revenu universel est actuellement testé. 300 citoyens au chômage et bénéficiaires des minima sociaux percevront 900 euros par mois pour un adulte seul et 1 300 euros pour une famille. Courant 2016, les Suisses seront amenés à voter pour ou contre le revenu universel. Le montant proposé : 2 500 francs suisses (environ 2 300 euros). Et en France ? Aucun montant n’a vraiment été arrêté dans l’Hexagone. La somme de 1 000 euros est souvent prise comme référence, un montant qui correspond plus ou moins au seuil de pauvreté. C’est en Aquitaine que la réflexion avance le plus vite : avec une étude de faisabilité pour l’application d’un RSA inconditionnel. Il reste encore du chemin à parcourir.

Comment financer le revenu universel ?

Le revenu de base a ses adeptes et autant de détracteurs. Pour ces derniers, la question qui fâche est : comment le financer ? En estimant que l’on verse 1 000 euros à 66 millions de Français, la facture est effectivement salée. La fiscalité sur le revenu ou une hausse de la TVA sont souvent citées mais c’est prendre le risque de trop peser sur le revenu des citoyens ou de voir décoller les prix à la consommation. Mais en remplaçant tous les minima sociaux par le revenu universel, il serait possible de couper dans les dépenses publiques. Le magazine Sciences Humaines estime à 46 milliards d’économies réalisées avec la disparition de tous les minima sociaux et à 22 milliards supplémentaires en réduisant le nombre de fonctionnaires affectés notamment « au contrôle des recettes liées aux aides à présent disparues ».

Le revenu universel = la fin du travail ?

Outre son coût, le revenu universel questionne sur la notion même du travail. Ses critiques jugent qu’il inciterait à l’oisiveté, le salaire étant la principale raison de l’acceptation au travail. A l’inverse, certains estiment que la nature humaine est portée à vouloir plus que son voisin. La majorité continuera alors à travailler pour gagner davantage que ce minimum. Mais l’emploi tel qu’on le connait aujourd’hui évoluera en profondeur. Les contrats courts seront la norme, chacun exécutant des missions de plus ou moins courtes durées pour augmenter son revenu de base et assouvir ses besoins de consommation. Enfin, le revenu universel serait l’opportunité de s’engager davantage dans la vie citoyenne au travers d'actions bénévoles, également créatrices de richesses.

Une idée de droite ou de gauche ?

Le revenu universel ne se réduit pas à la traditionnelle opposition gauche-droite. Dans les deux camps se trouvent des partisans du revenu de base. Certains à gauche jugent que ce dispositif permettrait de réduire les inégalités sociales en donnant sa chance à tous. D’autres au Parti socialiste estiment au contraire qu’il sera un moyen pour les entreprises de réduire davantage les salaires. À droite, le système a ses émules. Frédéric Lefebvre (Les Républicains) a ainsi déclaré qu’il serait une solution pour « éradiquer la pauvreté » « en supprimant tout ce maquis d’allocations, d’aides sociales et y compris toutes ces administrations qui les gèrent, qui les contrôlent ». Et si certains partisans à gauche pensent réduire les inégalités grâce au revenu universel, à droite le fait qu’il ne soit pas soumis à des conditions de revenus incitera à travailler plus et libérerait l'envie d'entreprendre.

Quid des premières expérimentations du revenu universel ?

Au Canada entre 1968 et 1980, plus précisément à Dauphin-Ville (État du Manitoba), le bilan a été jugé positif même si un changement de gouvernement a ensuite porté un coup au revenu de base. Les bénéficiaires n’ont pas moins travaillé mais surtout mieux vécu, selon un article des Echos, rapportant le travail de la chercheuse Evelyn Forget. De même, les coûts des soins de santé auraient diminué. À peu près à la même période aux États-Unis, des tests ont été menés avec au final une faible désincitation au travail. En Alaska, en Namibie, en Inde, au Koweït, à Singapour, dans la ville de Kingston (Canada) et au Brésil des formes de revenu universel ont déjà été testés. Dans ce dernier pays, il a permis de réduire considérablement la pauvreté selon la Banque mondiale.

Le revenu universel, une utopie ?

Conceptualisé par le philosophe Thomas More, auteur d’Utopia, le revenu de base permettrait selon lui de choisir entre une vie de loisirs mais sans beaucoup d’argent ou au contraire de continuer à travailler pour gagner davantage. Le revenu universel questionne dans tous les cas sur le travail, aujourd’hui principal facteur d’intégration dans la société. Avec le revenu de base, le travail pourrait ne plus être une fin en soi…

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le 15/01/2016 par Guirec Gombert



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